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Violence envers les femmes et COVID-19 : une pandémie sur fond de pandémie

Les messages clés

  • Les pandémies peuvent exacerber les inégalités entre les sexes et avoir un impact sur la manière dont les femmes reçoivent des traitements et des soins.

  • Quatre types de facteurs augmentant la vulnérabilité des femmes à la violence pendant une pandémie: des facteurs individuels, des facteurs interpersonnels, des facteurs communautaires et des facteurs sociétaux.

  • La violence à l'égard des femmes est un phénomène tragique et complexe, d'autant plus que cette «pandémie fantôme» se déroule sur fond de pandémie sanitaire.

La pandémie de COVID-19 a apporté son lot de drames humains. Elle a aussi exacerbé d’autres pandémies tragiques, comme la violence envers les femmes. En effet, en 2018, le Secrétaire général des Nations Unies déclarait que la violence à l'égard des femmes devait être reconnue comme une «pandémie mondiale».(1) Cette pandémie de violence se poursuit sur fond d’une autre pandémie.

Il est reconnu que les pandémies peuvent aggraver les inégalités entre les sexes et avoir un impact sur la manière dont les femmes reçoivent des traitements et des soins.(2-3) Depuis le début de la pandémie de COVID-19, des autorités gouvernementales et des organismes de défense des droits dans bon nombre de pays dénoncent une augmentation des rapports de violence, ainsi qu’une recrudescence des demandes d’hébergement d’urgence.(2-3). Les mesures visant à prévenir et contrôler les infections (que ce soit la distanciation physique, le confinement, la quarantaine, le couvre-feu, les fermetures d’entreprises) ont pu avoir un impact sur les dynamiques familiales par leurs effets sur le revenu familial, les liens interpersonnels, le bien-être et la santé mentale.

De tels observations résonnent avec les résultats d’une revue systématique de qualité modérée qui a été publiée récemment. Cette revue a examiné la littérature scientifique sur la violence contre les femmes durant les périodes de distanciation physique et de confinement en réponse à la pandémie de COVID-19.(4)

L’analyse de 38 articles a révélé une augmentation des appels aux lignes d'assistance et des contacts avec les services et organisations destinés aux victimes de violence. Cela dit, la revue souligne que le nombre de signalements est probablement sous-estimé. En effet, de nombreux facteurs semblent faire obstacle aux signalements et à l’accès aux services d’aide. Parmi les obstacles, nous comptons le comportement agressif et contrôlant de l'agresseur, l’étroite proximité avec l’agresseur durant le confinement ne permettant à la victime de faire un signalement, la peur d’être infectée par le COVID-19, et une interruption ou diminution des services de soutien social et de protection pendant la pandémie. De plus, il semble également difficile de mettre en œuvre des interventions avec des amis et des membres de la famille en raison de leur crainte de contracter le virus.

La revue a également permis d’identifier quatre types de facteurs augmentant la vulnérabilité des femmes à la violence durant la pandémie :

1. des facteurs individuels (que ce soit le stress, l’impulsivité, l’anxiété, la dépression, les problèmes de santé mentale; la perte d’emploi et de revenus; les difficultés financières; la consommation d’alcool et autres drogues; la peur des infections; le sentiment d’incertitude; un historique de violence; ou une augmentation du travail non rémunéré et des responsabilités de garde d'enfants);

2. des facteurs interpersonnels (que ce soit la dépendance à l’égard du partenaire; l’obligation de passer plus de temps à proximité de l’agresseur; l’augmentation des comportements de contrôle; ou la diminution des contacts sociaux et du soutien par les pairs);

3. des facteurs communautaires (que ce soit l’accès limité aux réseaux sociaux; un accès restreint aux services de santé et sociaux; ou encore la disponibilité de l’alcool, drogues et armes); et

4. des facteurs sociétaux (que ce soit les crises sanitaires, économiques et sociales engendrées par la pandémie; les restrictions de mouvement; l’accès limité aux systèmes de justice et de protection sociale; les normes sociales à l’égard du rôle des hommes et des femmes; les représentations idéalisées de la maison et de la famille; ou l’absence de politiques contre la violence envers les femmes).

La revue souligne que la pandémie force bien des victimes à se tourner vers le téléphone et des canaux virtuels comme les sites Web et des applications de messagerie afin d’obtenir de l’aide. La revue souligne toutefois les enjeux de sécurité pour les victimes qui doivent faire un signalement alors que leur agresseur est confiné avec elles.

Les professionnels de la santé et des services sociaux semblent avoir un rôle crucial dans le dépistage, l'identification et le signalement des cas de violence. Les services de télémédecine ont été proposés afin de jouer un rôle, mais tout cela doit se faire en tenant compte de la nécessité de garantir la confidentialité et la sécurité des femmes. Par exemple, il est recommandé que les professionnels utilisent des questions fermées pour vérifier la sécurité des femmes, l'utilisation de codes de couleurs ou de codes spécifiques en cas de danger, et d’offrir leurs services selon un horaire flexible pour profiter des absences de l'agresseur.


La violence envers les femmes est un phénomène tragique et complexe, d’autant plus que cette « pandémie fantôme » se déroule sur fond d’une pandémie sanitaire. Nous devons toutefois agir de façon proactive et ne pas rester silencieux face à cette violence.


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Références

  1. United Nations Secretary General. Remarks on International Day for the Elimination of Violence against Women. 2018.

  2. Mlambo-Ngcuka P. Violence against women and girls: The shadow pandemic. UN Women, 2020.

  3. United Nations Population Fund. Covid‐19: A gender lens. Protecting sexual and reproductive health and rights, and promoting gender equality. Technical Brief, UNFPA, 2020. 

  4.  Sánchez OR, Vale DB, Rodrigues L, Surita FG. Violence against women during the COVID-19 pandemic: An integrative review. International Journal of Gynecology & Obstetrics. 2020;151(2):180-187.

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