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La perte auditive, volet 3 : Pourquoi tout le monde marmonne-t-il ? Vous dites ? Qu’est-ce qu’un audiogramme vous apprend au sujet de votre audition et ce qu’il ne vous dit pas ?

Les messages clés

  • L’audiogramme est un test important pour évaluer dans quelle mesure vous percevez les sons et pour déterminer si vous souffrez d’une perte auditive.
  • Même si votre audiogramme est « normal pour votre âge », cela ne signifie pas qu’il soit « normal sur le plan clinique ».
  • Il y a trois types de pertes auditives liées à l’âge  deux (le type 1 et le type 2) sont détectés par l’audiogramme. Le type 3 qui résulte d’une lésion neurale, n’est pas détecté par l’audiogramme.
  • Les difficultés à comprendre une conversation s’expliquent en partie seulement par l’audiogramme.
  • Faire teste votre audition est la première étape pour trouver des solutions si vous éprouvez des difficultés à entendre et à comprendre les conversations.

Un grand nombre d’entre nous éprouvons des difficultés à entendre en vieillissant. Il semble que les autres personnes marmonnent ou qu’il est plus facile d’entendre dans certaines situations et pratiquement impossible dans d’autres.

Dans les volets 1 et 2, nous avons discuté la perte auditive liée au vieillissement, et de quelle manière l’oreille et le cerveau travaillent ensemble pour écouter dans la vie de tous les jours. Dans le troisième volet, nous discuterons ce qu’un test d’audition de base, l’audiogramme, peut et ne peut pas vous apprendre au sujet de vos difficultés d’audition et pourquoi.

Ce que l’audiogramme vous apprend au sujet de votre audition ?

Les résultats du test d’audition le plus courant se présente sur un audiogramme et on se sert de ces résultats pour définir l’audition « normale ».

L’audiogramme vous renseigne sur vos seuils d’audition. Un seuil d’audition est la plus petite intensité sonore (niveau d’audition mesuré en décibels dB HL) que votre oreille peut percevoir. Le son d’une aiguille qui tombe au sol se rapproche du seuil d’audition d’une personne dotée d’une bonne ouïe. Au cours d’un test d’audition de base, on mesure les seuils d’audition pour des tonalités de différentes fréquences (mesurées en Hertz ou en cycles par seconde) qui couvrent un registre de cinq octaves. Vous pouvez comparer les fréquences des tonalités utilisées dans le test aux différentes notes jouées sur le clavier d’un piano. Les différentes fréquences ont différentes hauteurs, comme les notes d’un piano, certaines sont plus basses (plus graves) et d’autres plus élevées (plus aigües). Les résultats du test d’audition de base sont représentés pour chaque oreille sur un graphique appelé l’audiogramme.

Quelle est la qualité de votre audiogramme ? Est-il caractéristique de votre âge ?

Selon l’Organisation international de normalisation (ISO), la figure 1a et la figure 1b montrent les audiogrammes typiques des femmes et des hommes à différents âges (1). Comparé à ces audiogrammes typiques, la moitié de la population aurait de meilleurs seuils d’audition ; c’est-à-dire que leurs seuils figureraient au-dessus de la ligne pour un âge spécifique et pour un sexe. Les gens qui peuvent entendre des sons très faibles ont des seuils situés près du haut de l’audiogramme. De la même manière, la moitié de la population aurait des seuils d’audition inférieurs ; c’est-à-dire que leurs résultats figureraient sous la ligne pour un âge spécifique et pour un sexe. Les gens qui ne peuvent entendre un son à moins qu’il ne soit fort ont des seuils situés près du bas de l’audiogramme. Si vous avez subi un test d’audition, vous pouvez comparer votre audiogramme avec la courbe ISO qui correspond à votre âge et à votre sexe afin de voir si vos seuils sont meilleurs ou pires.

Quelle est la qualité de votre audiogramme ? Est-il normal d’un point de vue clinique ?

À mesure qu’on vieillit, les seuils d’audition pour les hautes fréquences changent plus que les seuils d’audition pour les basses fréquences. En d’autres termes, nous n’entendons plus les sons de hautes fréquences (les aigües) aussi bien que les sons de basses fréquences (les graves).Cela signifie qu’il faut plus de décibels pour que les sons de hautes fréquences (les aigües) soient entendus par les personnes âgées. Il devient pratiquement impossible d’entendre les sons faibles de haute fréquence comme le tic-tac d’une horloge ou le pépiement d’un oiseau. La perte auditive pour les hautes fréquences est très courante et certains pensent que ce type de perte auditive est pratiquement « normal » pour les personnes âgées.

Toutefois, la définition de l’audition normale que l’Organisation mondiale de la santé utilise n’est pas ajustée pour l’âge (2). On considère que l’audition est normale sur le plan clinique si les seuils se situent entre 0 et 25 dB HL. La section verte (haut de la figure 1a) montre le champ auditif normal. Si votre seuil se trouve dans la section verte, il est normal. Si vous êtes comme la plupart des personnes âgées, vous pourriez avoir des seuils normaux pour les basses fréquences mais pas pour les fréquences élevées. La ligne rouge sur la figure 1a montre qu’une femme de 70 ans typique aurait des seuils d’audition pires que le champ normal sur le plan clinique (sous la section verte). C’est le cas bien que ses seuils d’audition soient typiques pour son âge et son sexe. Cela signifie que vous pourriez avoir une ouïe normale pour votre âge et votre sexe, mais vos seuils ne seraient pas aussi bons que ceux d’une personne plus jeune et qu’on pourrait ne pas les considérer comme normaux sur le plan clinique.

On peut interpréter les seuils d’un audiogramme comme suit :

  1. normal de 0 à 25 dB HL
  2. supérieur à 25 dB HL indique une perte auditive
  • entre 26 et 40 dB HL indique une perte auditive légère
  • supérieur à 40 dB HL indique une perte auditive modérée ou sévère.

Figure 1: Les audiogrammes des femmes se trouvent dans le graphique du haut et ceux des hommes dans le graphique du bas (adapté de l’Organisation internationale de la normalisation (1)).



Les audiogrammes peuvent-ils expliquer les problèmes à comprendre une conversation ?

Une conversation est plus forte que le bruit d’une épingle qui tombe. La ligne bleue sur l’audiogramme de la figure 1a et 1b montre que le niveau moyen d’une conversation se situe autour de 45 dB HL. Cela signifie que les gens qui ont des seuils d’audition normaux n’ont aucune difficulté à entendre une conversation parce qu’elle est bien plus forte que leurs seuils d’audition. Les gens qui ont une perte auditive faible n’entendront que faiblement les sons du langage. Les gens qui ont une perte auditive modérée ou sévère pourraient ne pas du tout entendre les sons du langage. Les personnes âgées qui ont une perte auditive liée à l’âge typique, avec des seuils moins bons pour les fréquences élevées, entendront bien certains sons du langage mais pas du tout d’autres sons du langage. Les sons du langage les plus difficiles à entendre sont les consonnes (par ex., p, f, t, k) car ces sons dépendent plus des hautes fréquences. Par contre, les voyelles sont plus faciles à entendre parce qu’elles dépendent plus des basses fréquences. Les personnes âgées se plaignent souvent que : « J’entends les gens parler mais les voix ne sont pas claires et c’est difficile de comprendre ce qu’ils disent ». Bien que les gens qui ont une perte auditive accusent souvent les autres de marmonner, une explication plus probable est qu’une personne âgée avec une perte auditive affectant de façon typique les hautes fréquences peut entendre seulement certains sons du langage et perd les autres quand les gens parlent.

Bien que l’audiogramme soit un bon test pour mesurer les sons les plus faibles que vous pouvez percevoir, les problèmes auditifs des personnes âgées ne s’expliquent pas toujours complètement par l’audiogramme. Même si les sons sont assez forts et même si leur audiogramme est normal, les personnes âgées se plaignent souvent de problèmes auditifs, spécialement quand elles essaient d’écouter dans des situations bruyantes ou dans un groupe. Pour comprendre pourquoi les gens éprouvent des difficultés à entendre même si les sons sont assez forts, nous devons en connaître davantage sur ce qui ne fonctionne pas bien dans le système auditif quand les gens vieillissent.

L’audiogramme peut-il détecter tous les types de perte auditive ?

Les chercheurs ont compris depuis longtemps que le vieillissement peut entraîner différents types de perte auditive (3). Des études rigoureuses sur l’animal ont mis en évidence trois types de perte auditive qui peuvent empirer avec l’âge (4). Deux types entraînent des seuils moins bons pour les hautes fréquences et pourraient expliquer les changements dans l’audiogramme dont nous avons traité plus tôt.

Type 1: Dans le premier type, les cellules ciliées externes de l’oreille interne sont lésées. Cette lésion survient en général suite à une exposition à des facteurs environnementaux comme des niveaux de bruit très élevés. Les jeunes adultes qui sont exposés à un bruit industriel dans leur travail peuvent aussi souffrir de ce type de perte auditive.

Type 2: Le second type survient suite à des changements de l’apport sanguin à l’oreille interne ce qui altère sa chimie. Ces changements chimiques se comparent à une batterie qui se décharge (5). Ce type ne se manifeste que chez les personnes âgées.

Type 3: Le troisième type implique une lésion des nerfs qui connectent l’oreille et le cerveau. Des données récentes suggèrent que l’exposition à vie au bruit peut entraîner un lésion des nerfs auditifs. La lésion du nerf perturbe la transmission de l’information de l’oreille au cerveau (1). Une telle lésion peut survenir même si le bruit n’est pas assez fort pour modifier de façon permanente les seuils d’audition.

À mesure que les gens vieillissent, ils développent souvent une combinaison de ces trois types de pertes auditives liées à l’âge, mais l’audiogramme pourrait ne pas détecter le type 3, la lésion neurale. Parlez à votre médecin si votre audiogramme paraît normal pour votre âge mais que vous avez néanmoins des problèmes auditifs dans la vie quotidienne

Pourquoi l’amplification des sons n’est-elle pas toujours utile ?

Bien sûr, un des problèmes avec les pertes auditives à hautes fréquences est que certains sons ne sont plus perçus. Amplifier le son (par exemple, à l’aide d’une prothèse auditive) aide à ramener le son dans la plage audible. Il est en général préférable d’entendre les sons que de ne pas les entendre. Cependant, certaines personnes, spécialement celles qui sont atteintes du premier type de perte auditive liée à l’âge que nous venons de décrire ci-dessus (le type 1 : lésion des cellules ciliées externes de l’oreille interne), deviennent moins aptes à tolérer des sons forts. Cela signifie que les circuits de la prothèse auditive doivent produire des sons assez forts tout en protégeant le porteur de la prothèse des sons trop forts. De plus, pour la plupart des porteurs de prothèses auditives, l’amplification des sons pour qu’ils soient perçus ne les rend pas plus clairs. La clarté des sons est réduite parce que l’oreille n’est plus en mesure de les analyser correctement.

Il est fréquent d'avoir des difficultés à identifier un son lorsque de nombreux sons sont entendus en même temps. Pour les personnes atteintes du troisième type de perte auditive liée à l’âge (Type 3 : lesion neurale), des problèmes en raison de la perte de clarté et de la sensation que les sons s’enchevêtrent peuvent survenir même si l’audiogramme de la personne est normal. L’amplification des sons ne résoudra pas tous les problèmes d’écoute, particulièrement ceux qui sont attribuables à la lésion neurale. Ces problèmes dépendent moins du volume des sons que de la façon dont les oreilles transmettent les signaux au cerveau. La bonne nouvelle est même si l’amplification des sons ne suffit pas, d'autres solutions pourraient résoudre les problèmes que beaucoup d'auditeurs âgés ont dans la vie quotidienne (voir le volet 4).

Dans ce billet de blogue en quatre volets, nous couvrons divers aspects de la perte auditive :

  • Dans le volet 1, nous discutons comment les changements qui surviennent dans l’audition et la cognition (par exemple, la mémoire) affectent la communication et les interactions sociales des personnes âgées en santé ;
  • Dans le volet 2, comment une déficience auditive peut être liée à un trouble cognitif et à la démence ;
  • Dans le volet 3, ce que les tests d’audition peuvent et ne peuvent pas nous apprendre au sujet des problèmes d’audition ; et
  • Dans le volet 4, quand devez-vous faire évaluer votre audition et quelles solutions peuvent vous aider si vous ou vos proches avez des problèmes

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Références

  1. Organisation internationale de normalisation. Acoustique -- Distribution statistique des seuils d'audition en fonction de l'âge, SIO 7029. Genève: Organisation internationale de normalisation; 2000.
  2. Organisation mondiale de la santé (OMS). Prevention of Deafness and Hearing Impaired Grades of Hearing Impairment. 2014. http://www.who.int/pbd/deafness/hearing_impairment_grades/en/index.html.
  3. Schuknecht H.F. Presbycusis. Laryngoscope Juin 1955;65(6):402-19.
  4. Yamasoba T, Lin FR, Someya S, Kashio A, Sakamoto T, Kondo K. Current concepts in age-related hearing loss: epidemiology and mechanistic pathways. Hear Res Septembre 2013;303:30-8.
  5. Mills JH, Schmiedt RA, Schulte BA, Dubno JR. Age Related Changes: A loss of voltage, not hair cells.New York: Thieme Medical Publishers Inc.; 2006.

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