En vieillissant, des changements de vie, attendus ou inattendus, peuvent perturber nos routines et parfois même affecter notre santé et notre bien-être. Les grandes transitions (comme la retraite, devenir grands-parents, la perte d’un proche, le fait de prendre soin d’une autre personne ou un déménagement) peuvent ébranler notre sentiment de sens et de stabilité. Des changements importants, comme cesser de travailler ou s’éloigner progressivement d’un emploi, peuvent non seulement modifier nos habitudes quotidiennes, mais aussi nos réseaux sociaux, nos occasions d’engagement et notre sentiment d’utilité. Ainsi, maintenir des liens sociaux solides durant ces transitions est essentiel, car la participation sociale favorise de meilleurs résultats en matière de santé physique, mentale et cognitive plus tard dans la vie.
La retraite est souvent perçue comme la fin de la vie productive, alors qu’elle peut aussi marquer le début d’une nouvelle étape, riche de sens, de liberté et de possibilités. De plus en plus de personnes aînées choisissent de se tourner vers « l’entrepreneuriat social » à la retraite. Concrètement, il s’agit de mettre sur pied un projet entrepreneurial qui répond à un besoin réel dans la communauté (p. ex., briser l’isolement social, soutenir des familles ou dynamiser la vie de quartier), tout en générant un revenu.¹ Contrairement au bénévolat, ces initiatives permettent de s’impliquer autrement, avec une certaine autonomie. Elles peuvent prendre deux formes : créer son propre projet ou développer une idée au sein d’une organisation existante (intrapreneuriat). Voici quelques exemples :
Créer quelque chose de nouveau
- Offrir du soutien après l’école aux parents (p. ex., établir des routines, fournir des collations, proposer des activités de jeu ou aider aux devoirs avant le retour des parents du travail)
- Offrir des ateliers sur des sujets d’intérêt personnel comme le jardinage urbain ou la poterie
- Accompagner des personnes aînées dans le tri et la réduction de leurs biens lors d’un déménagement
Créer quelque chose de nouveau au sein d’une organisation existante
- S’associer à un centre communautaire pour mettre en place un programme de visites de voisinage
- Collaborer avec un professeur de yoga pour offrir des ateliers destinés aux personnes aînées
- Mettre sur pied un programme de mentorat dans une entreprise déjà existante
Ce que nous apprennent les données probantes
Une synthèse de 50 études a cherché à mieux comprendre les caractéristiques des personnes qui s’engagent en entrepreneuriat social et sur les facteurs qui favorisent la persévérance. Les principaux constats sont les suivants :¹
- Des motivations variées : bien que l’impact social soit un moteur central, les personnes évoquent aussi le plaisir, la créativité, le sens donné au travail et parfois un revenu d’appoint.
- Des caractéristiques favorables à la persévérance : comme les entrepreneurs « traditionnels », les entrepreneurs sociaux présentent des traits tels que la proactivité, la confiance en ses capacités, la tolérance au risque et le sentiment de pouvoir agir sur les résultats.
- Des qualités humaines: l’empathie et le sentiment de responsabilité sociale renforcent l’engagement.
- Des risques à anticiper : bien comprendre les défis et planifier son projet permet de prévenir le stress et l’épuisement.
Pour commencer – Feuille de route pour l’entrepreneuriat social
Vous n’avez pas besoin d’un diplôme en gestion pour devenir entrepreneur social! Il suffit d’identifier un besoin, de proposer une solution réaliste et d’avancer à votre rythme.
1. Clarifiez votre « pourquoi »
- Complétez les phrases suivantes : « ce qui me pousse à faire ce projet, c’est… », « j’ai l’impression que c’est parce que je veux… ».
- Si votre « pourquoi » inclut à la fois un sens et des besoins pratiques (p. ex., structure, lien social ou revenu d’appoint), c’est tout à fait normal.
2. Choisissez votre point de départ
- Créer votre propre projet (plus d’autonomie, mais plus de responsabilités).
- S’impliquer au sein d’une organisation existante (plus de soutien, mais plus de contraintes).
3. Ciblez un besoin précis dans la communauté
- Un bon projet répond à un besoin clair et atteignable.
4. Testez avant de grandir
- Avant de bâtir quelque chose de plus ambitieux ou de faire de grands plans :
- Parlez à des personnes concernées
- Validez leur intérêt et leur disposition à utiliser ou à payer,
- commencez petit (projet pilote).
5. Définissez votre vision du succès
- Temps investi (ex. quelques jours/semaine)
- Revenu visé
- Liens sociaux développés
- Plaisir ou apprentissages
Faites évoluer votre projet en fonction de ce qui compte vraiment pour vous.
Des bénéfices et des risques à considérer
Bénéfices :
- Flexibilité, autonomie et indépendance
- Utilisation ou développement de compétences
- Sentiment d’utilité et de fierté
- Engagement concret dans sa communauté
Risques :
- Revenus incertains ou prise de risques financiers
- Découragement si le projet ne démarre pas immédiatement
- Pression de performance
Rappelez-vous : se sentir découragé ne signifie pas que l’idée est mauvaise. Elle a peut-être simplement besoin d’être ajustée en ce qui concerne par exemple les prix, le public cible, les partenariats, la portée du projet, l’offre de services ou l’horaire. Prendre le temps d’affiner son idée, de s’entourer et d’avancer pas à pas peut faire toute la différence… et aider à prévenir l’épuisement. Voici quelques conseils pratiques pour maintenir l’équilibre :
- Prévoir dans son horaire de la semaine, des moments pour se reposer.
- Commencer avec un projet à petite échelle, en cohérence avec ses capacités actuelles.
- S’entourer dès le début de collaborateurs pour ne pas porter le projet seul.
- Accepter que l’idée évolue au fil de son expérimentation dans le monde réel.
Pour obtenir un accompagnement plus structuré, vous pouvez consulter l’initiative Mûr·e pour entreprendre® de Présâges, qui vise à soutenir l’engagement des personnes retraitées dans l’entrepreneuriat social.
Pour en savoir plus sur l’importance des différentes transitions plus tard dans la vie et sur le maintien des liens sociaux durant ces périodes, consultez d’autres billets de notre série Transitions dans le parcours de vie, présentée en partie par la Direction régionale de santé publique de Montréal via le Réseau Résilience Aîné.es Montréal, ainsi que les autres ressources énumérées ci-dessous!


